L’importance de ramener “l’innovation” sur terre

Entretien d'experts
Par Keith Blanchet

Le mot “innovation” est utilisé à toutes les sauces de nos jours. Alors que ce terme se banalise dans la langue de tous les jours, il convient de réexaminer ce qu’être innovant signifie réellement.

 

La technologie progresse à un rythme encore inouï dans l’histoire. C’est pourquoi il est facile de perdre de vue ce qui est vraiment important dans notre environnement. Il serait facile de dresser une liste des raisons pour lesquelles la technologie – et la science en général – est essentielle à l’existence humaine. Cependant, l’objectif de la science peut être résumé de la manière suivante : la science devrait toujours contribuer aux besoins essentiels de l’humanité.

Dans la sphère technologique, peu de mots sont autant galvaudés que “l’innovation.” C’est innovant! Quelle idée innovante! La communauté scientifique a pris l’habitude de se tenir en haute considération (pour une bonne raison), mais cette «haute considération» est souvent accompagnée d’un manque de compréhension du fonctionnement intime de la discipline par le grand public, du fait d’une accessibilité réduite. Historiquement, on pourrait faire valoir que l’utilisation d’une terminologie spécialisée était une tactique visant à assurer la préservation de la connaissance – et donc du pouvoir – au sein d’une élite d’experts «initiés». D’autres diront que la science, lorsqu’elle est vulgarisée, perd son sens fondamental.

Cependant le paradigme est en train de changer. La science se popularise en même temps que la technologie s’intègre à notre vie quotidienne. De ce fait, le grand public se trouve davantage en phase avec l’actualité scientifique et technologique. Cette prise de conscience se traduit-elle par une tentative mesurée du public (et de nous-mêmes) de nous rappeler le but premier de la science? La surutilisation du mot innovation prouve le contraire.

Le catalyseur à la source de ce problème est d’origine variée. Par le passé, la science a été, pour ainsi dire, assez «difficile» à comprendre selon Laymen. Son caractère inaccessible peut-il être attribué à la peur de l’inconnu, comme par exemple d’une «prise de contrôle par les robots»? Autrement dit, si peu d’efforts sont faits pour  «ramener la science sur terre» – souvenez-vous de son objectif fondamental qui est d’aider l’humanité – nous perdons de vue ce qui est réellement innovant. Mettons en place un effort mesuré afin de cultiver une ligne de communication ouverte entre la communauté scientifique et le public. Le premier point à l’ordre du jour? Redonner tout son sens au mot “innovation”. J’ai identifié cinq piliers clés de l’innovation qui pourront servir de point de départ à la conversation. Quels sont les vôtres?  

 

  1.  L’innovation, c’est la connaissance de votre objectif sur le plan humain

Un grand innovateur doit être capable de facilement mettre en contexte la raison pour laquelle son invention aura un impact positif. Ces grands innovateurs sont généralement en phase avec les besoins de l’humanité, et par conséquent leurs créations répondent à un besoin spécifique. Elon Musk en est l’exemple parfait. En dépit de l’incroyable complexité des connaissances scientifiques sur lesquelles ses ambitions sont basées, il s’est donné pour objectif de rendre la technologie accessible en la rendant inspirante. Son but est très clair : il veut susciter un enthousiasme généralisé à l’égard de la science et de son impact positif sur la société, et donc pour Tesla, Space X ou Solar City.

Son approche est louable parce qu’il crée du rêve. Et lorsque l’on est mû par la conviction que nos rêves sont réalisables, on s’implique dans les principes scientifiques qui les soutiennent, et on devient partie prenante à la solution. Les fondements scientifiques qu’il est en train de créer reflètent véritablement l’idéal d’économie de partage qu’il met en avant. Musk cultive ainsi une communauté de personnes qui adhèrent à sa vision – et par conséquent, à son produit.

 

  1.  L’innovation, c’est la collaboration

Les avancées technologiques concernent aujourd’hui des systèmes de systèmes qui nécessitent qu’un nombre croissant de domaines de connaissances coexistent pour qu’un projet soit mené à bien. Tenter de faire une découverte ou de créer un produit de manière isolée en tant qu’individu – ou même en tant qu’entreprise – est de plus en plus difficile, et presque toujours sous-optimal et peu clairvoyant sur le plan de la compétitivité. Les entreprises peuvent «être» innovantes lorsque leur environnement est souple et fluide, et peuvent s’adapter rapidement aux changements. C’est pourquoi les start-ups, ou les jeunes entreprises, ont tendance à générer des avancées technologiques plus rapidement que les entreprises établies, et constituent d’excellentes options de collaboration.

Nous voyons de plus en plus de structures gouvernementales qui encouragent la collaboration entre les universitaires, les entreprises et les organismes de recherche gouvernementaux afin d’accélérer le progrès et de développer des champs d’expertise stratégiques pour une région ou un pays. Les questions de propriété intellectuelle (PI) posent toujours problème ; la flexibilité sur ce point se fait de plus en plus par nécessité plutôt que par choix. Les résultats sont prometteurs : au Canada, la nouvelle initiative des supergrappes d’innovation, ou bien encore le Fonds d’innovation stratégique qui a donné naissance au réseau canadien du CRSNG pour la robotique de terrain – un programme pluridisciplinaire de collaboration industrie-université d’une durée de cinq ans, axé sur le développement d’une expertise en robotique au Canada. Celui-ci fut un tel succès pour tous les participants que des mesures sont en cours pour prolonger le financement du réseau pour cinq années supplémentaires, et ce malgré l’augmentation du nombre de critères d’évaluation des projets d’investissement des acteurs industriels. Cela se produit rarement, mais c’est une excellente chose pour l’économie, pour la robotique, les chercheurs et l’innovation en général. L’innovation par la collaboration est fondamentale et devrait toujours être présentée comme une situation où toutes les parties impliquées sont gagnantes.

 

La bonne nouvelle, c’est qu’on retrouve de plus en plus ce type de programme dans un certain nombre de pays.

 

  1.  L’innovation, c’est faire du neuf avec du vieux

On croit à tort que l’innovation se produit uniquement lorsqu’une nouvelle «découverte» a été faite. De nombreux «nouveaux» concepts ou produits sont basés sur des technologies connues. Dans la littérature, l’idée d’un travail «original» est souvent débattue, car un certain niveau d’influence précède toujours une œuvre. Ce principe s’applique aussi dans le domaine qui nous concerne : les «nouveautés» sont généralement le produit de technologies préexistantes combinées de manière novatrice et «innovante».

Pour reprendre le cas d’Elon Musk, utilisons l’exemple des véhicules autonomes. Les véhicules autonomes combinent plusieurs technologies qui ont existé par le passé : les sous-systèmes automobiles ont évolué de manière indépendante et en tant que systèmes de systèmes distribués depuis un certain temps. Par ailleurs, les technologies de pilotage automatique sont courantes en aéronautique, alors que les technologies avancées de vision et de détection qui existent dans les domaines de l’aérospatiale et de la défense nationale depuis des années commencent à faire leur apparition dans la vie quotidienne. Nous obtenons ainsi des véhicules autonomes qui changeront profondément la société dans les années à venir.

La forme d’innovation la plus courante, et souvent la plus productive, consiste à réunir toutes ces technologies dans un nouveau contexte répondant à un besoin humain auparavant ignoré ou négligé. Ces dernières années, une plus grande puissance de traitement et de calcul a permis de réaliser des progrès importants en permettant à des technologies individuelles d’être réunies pour servir notre monde moderne à travers diverses implémentations logicielles telles que l’apprentissage automatique, le traitement d’image, l’analyse avancée des données, etc….

 

Par conséquent, identifiez d’abord les besoins humains ou sociaux, puis trouvez les technologies existantes qu’il vous faudra combiner pour satisfaire à ces besoins…

 

  1.   L’innovation, c’est ajouter de la valeur

Autrement dit, vous devez développer un nouveau produit en gardant l’humain à l’esprit. Assurez-vous de bien comprendre ce dont il a besoin et pourquoi il voudra utiliser votre technologie.

Lorsque la technologie robotique est conçue uniquement à l’attention des experts, comme c’est souvent le cas, les ingénieurs, les scientifiques et les entreprises se retrouvent inévitablement acculés au mur. Nous devons rendre la technologie accessible. Cette accessibilité permet non seulement de donner plus de pouvoir au public, elle aide à répondre à ses besoins. Si votre produit ne prend aucun des ces aspects en compte, vous devez le repenser. Quoi que vous proposiez, vous devez apporter une valeur ajoutée à l’existence de quelqu’un et leur conférer plus de pouvoir.

 

  1.   L’innovation, c’est assumer une responsabilité

Personne ne contesterait que la technologie a un impact profond sur la vie des individus et de la société dans son ensemble. Prenons-nous cela en compte dans notre processus de développement?

Les facteurs humains en tant que science devraient et continueront de représenter une responsabilité croissante pour les innovateurs. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de la robotique, mais applicable à de nombreux domaines technologiques. Comment la technologie affecte-t-elle les vies à une échelle macro, régionale, locale et personnelle? Quel impact aurait-elle sur les êtres humains, et comment les amènerait-elle à interagir les uns avec les autres?


À mon avis, la technologie devrait permettre une interaction et une existence humaines qui aient plus de sens, et non les remplacer. Les innovateurs ont la responsabilité de s’en assurer avant qu’un produit ne soit mis sur le marché ou qu’une technologie soit introduite. Prenons en compte la nature humaine, l’impact social et l’attente croissante de considérations personnalisées afin d’assurer que le produit ou la technologie améliorera réellement la vie des être humains.

Vous pourriez aussi aimer

Aperçus de l'industrie

Questions-réponses avec le PDG : Pourquoi le monde des affaires constitue-il la méthode la plus efficace pour stimuler l’innovation?

Alors que les produits et l’entreprise ont évolué au fil du temps, ce qui est resté inchangé, c’est l’engagement de Deguire envers la science qui renforce les capacités humaines. Qu’est-ce que cela signifie en termes pratiques? Cette session de questions-réponses nous fait découvrir les fondements des inspirations de Charles et explique pourquoi le monde des affaires constitue la méthode la plus efficace pour stimuler l’innovation.

Lire la suite
Aperçus de l'industrie

L’innovation dans le monde de la robotique, vue par une experte en marketing

[…] en ma qualité de professionnelle du marketing, j’étais impatiente de découvrir comment les entreprises intègrent l’élément marketing dans la planification de leurs produits. Alors que l’innovation foisonne, j’observe souvent que l’un des écueils les plus fréquents est la partie marketing : comment allez-vous atteindre votre clientèle? Comment allez-vous créer une connection entre votre produit et leurs besoins? Quelle est votre proposition de valeur unique? Ces questions restent souvent sans réponse à mon grand désarroi, et à celui de l’utilisateur final.

Lire la suite
Aperçus de l'industrie

Le Bon, la Brute et le Truand : Décrire la différence entre bonne et mauvaise science

Posez la question à n’importe quelle personne travaillant chez Kinova – ou dans toute autre entreprise de robotique portée sur le développement de la technologie dans le but d’accroître les compétences humaines – et ils vous diront à quel point leur travail peut être enrichissant.

Lire la suite